« Les Sénégalais ne doivent pas payer deux fois » : Pastef alerte sur la restructuration de la dette

« Les Sénégalais ne doivent pas payer deux fois » : Pastef alerte sur la restructuration de la dette
Le parti Pastef-Les Patriotes a tenu un point de presse ce jeudi 3 septembre pour se prononcer sur l’actualité économique et financière du Sénégal, notamment sur la question de la dette cachée et la perspective d’une restructuration de la dette. Face aux enjeux liés au nouvel accord annoncé avec le FMI, Ayib Daffé a appelé à un débat de fond et à une totale transparence sur les responsabilités et les conséquences pour les populations.
À l’issue de la mission du Fonds monétaire international (FMI) au Sénégal, le gouvernement et l’institution financière ont annoncé un accord technique en vue d’un nouveau programme économique et financier de 36 mois, au titre de la Facilité élargie de crédit, pour un montant annoncé d’environ 1 243 milliards de francs CFA. Un accord qui doit encore franchir les différentes étapes d’approbation, mais qui comporte déjà, selon Pastef-Les Patriotes, un enjeu majeur : la volonté des autorités de solliciter un traitement de la dette afin de rétablir sa viabilité.
DePrenant la parole lors du point de presse, Ayib Daffé, député, estime qu’il faut « appeler les choses par leur nom ». Selon lui, dès lors que les conditions initiales de remboursement de la dette sont appelées à être modifiées, le Sénégal entre dans une logique de restructuration de la dette. Pour le responsable de Pastef, cette situation doit désormais être expliquée aux Sénégalais autour de trois questions essentielles : comment le pays en est-il arrivé là ? Qui porte la responsabilité de cette situation ? Et qui paiera le prix de la solution qui sera retenue ?
La dette cachée au cœur des interrogations
Pour Ayib Daffé, la perspective d’une restructuration ramène inévitablement au débat sur la dette cachée, qui a suscité de nombreuses controverses au cours des derniers mois. Il rappelle que lorsque Pastef était aux responsabilités au niveau de l’exécutif, il avait assumé la nécessité de faire la lumière sur les comptes publics et sur certains engagements de l’État qui, selon lui, n’étaient pas correctement retracés dans la comptabilité publique. « Aujourd’hui, les données publiques révisées et la nécessité même de discuter de la restructuration de la dette placent le pays devant une réalité qui ne peut plus être évacuée par des artifices de communication », soutient-il.
Les chiffres avancés donnent, selon lui, la mesure de la situation. Le bulletin statistique publié en juillet 2026 évaluait l’endettement du secteur public à 25 583 milliards de francs CFA à fin 2024. La dette de l’administration centrale était estimée à 23 667 milliards de francs CFA, dont 16 894 milliards de dette extérieure. Pour 2026, les documents budgétaires cités lors du point de presse font également apparaître un besoin brut de financement de plus de 6 075 milliards de francs CFA.
Pour le président du groupe parlementaire de Pastef, Ayib Daffé, les Sénégalais ne doivent cependant pas se limiter à connaître le montant de la dette. Ils doivent également savoir comment elle a été contractée, dans quelles conditions, par quelles autorités et selon quelles procédures. Il estime également nécessaire de déterminer pourquoi certains engagements de l’État n’auraient pas été correctement portés à la connaissance du public. « La vérité doit être faite entièrement, les responsabilités doivent être situées individuellement et institutionnellement », affirme-t-il.
Dans cette perspective, Pastef appelle à l’utilisation de tous les mécanismes prévus par les lois et les institutions afin d’identifier d’éventuelles fautes de gestion, irrégularités ou infractions. Les personnes dont la responsabilité serait établie devraient, selon lui, répondre de leurs actes devant les instances compétentes.
L’Assemblée nationale appelée à jouer son rôle
Ayib Daffé accorde également une place importante au rôle de l’Assemblée nationale dans ce processus. Selon lui, le Parlement doit utiliser les prérogatives qui lui sont conférées pour contribuer à faire toute la lumière sur la gestion de la dette, notamment à travers les interpellations du gouvernement, les auditions, les missions d’information ou encore une commission d’enquête parlementaire, lorsque les conditions juridiques sont réunies. Pour Pastef, cette affaire dépasse le cadre d’une simple controverse politique puisqu’elle engage, selon Ayib Daffé, « plusieurs générations de Sénégalais ».
« Restructurer ne signifie pas nécessairement réduire le poids de la dette »
Au-delà du débat sur le passé, Pastef entend également mettre le gouvernement face à ses responsabilités concernant la restructuration envisagée. Daffé reconnaît qu’une restructuration peut permettre au pays de retrouver de l’oxygène financier, notamment en repoussant certaines échéances, en réduisant le coût de la dette ou, dans certains cas, en diminuant sa valeur économique.
Mais il prévient : « restructurer ne signifie pas nécessairement réduire réellement le poids de l’endettement ». L’expérience de la Zambie est citée comme exemple d’un pays ayant obtenu plusieurs années de restructuration sans pour autant sortir définitivement de la situation de surendettement. D’où les questions adressées au gouvernement : quelles dettes seront concernées ? Quels créanciers seront sollicités ? Quel allègement réel est recherché ? Quelles contreparties seront exigées ? Et quel sera l’impact sur les banques, les entreprises, le secteur public, l’investissement, les ménages et l’emploi ?
C’est l’un des principaux messages délivrés lors de ce point de presse. Pastef estime que les populations ne doivent pas supporter à nouveau le coût des difficultés financières du pays. « Les Sénégalais ne doivent pas payer deux fois », martèle Ayib Daffé, qui refuse que la restructuration se traduise demain par une hausse de la pression fiscale, une baisse des subventions, une réduction des investissements ou une compression des dépenses sociales supportée principalement par les citoyens.
Le redressement des finances publiques est jugé indispensable, mais l’effort doit, selon lui, commencer par l’État lui-même : réduction des dépenses improductives, rationalisation du fonctionnement de l’administration, amélioration de la qualité de la dépense publique, mobilisation plus équitable des recettes et sélection plus rigoureuse des investissements.
Pour Ayib Daffé, aucune restructuration ne pourra durablement résoudre le problème sans une véritable stratégie économique. Le Sénégal devra, selon lui, produire davantage, exporter davantage, développer son industrie et son agriculture, soutenir les petites et moyennes entreprises, créer des emplois et transformer la croissance économique en recettes publiques. « La meilleure stratégie de désendettement à long terme reste une économie qui croît durablement plus vite que sa dette », défend-il.
Le responsable de Pastef rappelle par ailleurs que ces orientations figuraient déjà dans le plan de redressement économique et social piloté par le président Ousmane Sonko, qui, selon lui, commençait à produire des résultats. Au terme de son intervention, Ayib Daffé a résumé la position de Pastef autour de trois exigences fondamentales : la vérité sur la dette, notamment la dette cachée ; la responsabilité de ceux dont les fautes seraient établies ; et la protection des Sénégalais dans le cadre de la restructuration qui se prépare.
Pour Pastef, le Sénégal se trouve ainsi à un « moment de vérité ». Le débat ne porterait désormais plus uniquement sur l’existence ou non d’une dette cachée, mais également sur la reddition des comptes, l’établissement des responsabilités et les conséquences économiques et sociales des décisions qui seront prises.

